Savon ou gel douche ?
- JACARANDA ATELIERS COSMÉTIQUE Nadine

- 7 mai 2019
- 5 min de lecture
Prendre soin de sa peau au naturel

Dans la salle de bain deux camps s'affrontent : les adeptes de la savonnette versus les aficionados du gel douche.
Vous vous demandez quel camp choisir ?
J'ai envie de vous dire : choisissez celui qui vous fait plaisir à partir du moment où il respecte certaines règles et surtout respecte votre peau !
Mais avant tout, je vais vous raconter une petite histoire... celle du savon et du gel douche ;-)
Le savon
Il y a 4500 ans, les Sumériens fabriquent une pâte d’huile, argile et cendre, qui ressemblait fort à du savon mou. Cette pâte était utilisée pour soigner les maladies de peau et laver la laine. Des tablettes sumériennes vieilles de 4200 ans font état de savon formulé à partir d’eau, d’alcali et d’huile végétale. Des papyrus égyptiens vieux de 3500 ans mentionnent la fabrication de savon à partir de graisse animale, d’huile végétale et alcali. Un savon proche du savon d’Alep que nous connaissons aujourd’hui existait déjà en Syrie il y a 3000 ans. Il était fabriqué à base de cendre et d’huile d’olive et était réputé pour ses propriétés désinfectantes. Les ruines de Pompéi ont révélé l’existence d’une manufacture de savon. En Europe, une pâte savonneuse nommée « sapo » était préparée par les gaulois avec du suif (graisse de chèvre ou de bœuf) et de la cendre. Les arabes utilisaient les cendres de plantes (généralement la soude commune, Salsoa soda en latin) ou d’algues (salicorne) pour produire un savon plus dur qu’ils utilisaient pour laver le corps comme les vêtements. La Tunisie, l’Egypte et la Perse faisaient commerce de leur savon à l’huile d’olive qui restait néanmoins un luxe coûteux. L’huile d’olive, qui produit un savon plus doux pour la peau et à l’odeur plus agréable que les graisses animales, finit aussi par être utilisée en savonnerie en Italie, en Espagne et dans le sud de la France où naîtra le fameux savon de Marseille. Au IXe siècle, plusieurs petites savonneries présentent à Marseille deviendront par la suite de grandes manufactures de savons.
C’est à la fin du XVIIIe que le chimiste français Nicolas Leblanc découvre le procédé permettant de produire de la soude avec de l’eau de mer. La réaction de saponification est décrite par un autre chimiste français Eugène Chevreul, en 1823.
Au XIXe siècle, les huiles de coprah et de palme importées des colonies sont utilisées dans le savon en Europe.
Le gel douche
Alors que le savon devient de moins en moins cher, l’attitude envers la propreté commence à changer progressivement, parallèlement avec une meilleure compréhension du rôle de l’hygiène dans la destruction des agents pathogènes. Seulement à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, on a commencé à donner à l’hygiène sa juste place, la propreté personnelle étant considérée comme bénéfique pour la santé physique et le mentale. Le savon devient ainsi mondialement connu.
En 1865, William Shepphard avait déjà découvert qu’en mélangeant de petites quantités de savon avec de grandes doses de poudre de corne du cerf mâle, on obtient du savon liquide épais. La recette a changé aujourd’hui, je vous rassure. Il n’était toutefois pas question à l’époque d’utiliser cette mixture comme gel douche : elle est réservée aux nettoyants ménagers. Il faut attendre finalement la banalisation des douches, après-guerre, pour voir apparaître le premier gel. En 1927, Schwarzkopf invente le premier shampoing liquide. A l’époque peu de maisons sont équipées d’une salle de bain. Mais le savon reste indétrônable.
La Première Guerre Mondiale a déterminé une croissance sans précèdent de la demande de savon, à laquelle les fabricants ne pouvaient pas répondre.
Les compagnies industrielles ont donc commencé la production de masse de détergents à base de pétrole. Il s’agit des savons que nous trouvons aujourd’hui dans les magasins.
Les campagnes de promotion en Europe et aux Etats-Unis ont contribué à faire largement connaître la relation entre la propreté et la santé. Dans les années 1950, le savon a été accepté comme objet essentiel de l’hygiène personnelle.
En 1973, "Tahiti" débarque sur le marché. Le cube est alors commercialisé en deux formules : Cologne - un parfum incontournable à l'époque - et citron. Depuis, nous n'avons que l'embarras du choix...
Comment choisir...
Le savon naturel classique provient du processus de la saponification d’huiles et/ou de graisses avec une lessive, en générale une lessive de soude.
Lors de la fabrication du savon on obtient ainsi un produit contenant de la glycérine naturelle par l’hydrolyse des huiles et des graisses comme l’huile de coco, ou une huile de votre choix (c.f. le support de cours sur la fabrication du savon comme une "pro") ou le suif de bœuf (qui n'est plus vegan). La glycérine est un hydratant qui soigne parfaitement votre peau. Certains industriels choisissent d'ôter cette glycérine indispensable, afin de la revendre à un fabricant de crème par exemple et de faire des bénéfices supplémentaires ! Mais, pour votre peau, c'est le "savon" faut pas ! Car, la glycérine évite le tiraillement de la peau, donc son dessèchement (d'où le désamour du public pour le savon classique) !
Les savons certifiés cosmétique naturels et bio doivent contenir absolument de la glycérine et ne doivent contenir ni azocolorants* ni EDTA.**
L’EDTA se retrouvent dans la plupart des savons industriels, voir artisanal. On peut également retrouver des colorants azoïques dans des savons naturel non certifiés Bio.
Les gels douche conventionnels sont, du point de vu de certains tensioactifs, à éviter. On y trouve en effet, du sodium lauryl (ou laureth) sulfate très irritant, des adjuvants dont les parfums (de synthèses) et les conservateurs (paraben, methylisothiazolinone) qui ne sont pas fréquentables.
En cosmétiques naturels et certifiés bio, les substances lavantes utilisées sont généralement des tensioactifs de sucre, ou de coco et d'autres ingrédients soignants tels que la glycérine, des huiles végétales ou beurres naturels et des extraits d’aloé vera, de calendula, de romarin ou de fleur de tilleul, par exemple.
Mais il existe aussi des gel douche naturels qui sont fabriqués en principe comme des morceaux de savons solides. Ils sont formés par une saponification à partir d’huile ou et de lessive de potassium (ou potasse), tel que le savon noir.
En tant que consommateur averti, on pourra donc très bien privilégier les bases lavantes neutres certifiées bio qui existent dans le commerce et adaptée tant au corps qu’aux cheveux, pour se laver dans le plus grand respect de l’environnement et de la peau. Une base lavante neutre est formulée à base de tensioactifs doux et végétaux (ex. Decyl Glucoside, Sodium Cocoyl Glutamate). On les trouve dans les magasins bio ou sur internet (privilégiez les marques arborant le label bio "Nature et Progrès" dont la charte reste sérieuse et stricte.
* - Les pigments azoïques sont synthétiques, ils sont utilisés autant dans la teinture de textiles que dans l’agroalimentaire que dans la cosmétique. Ils présentent des couleurs intenses et se révèlent problématiques sur le plan toxicologique. Des études prouvent que 25 parmi les colorants utilisés en Europe peuvent pénétrer la peau, endommager le foie et libérer l’aniline. Ce qui signifie ni plus ni moins, que certains colorants azoïques sont soupçonnés d’être cancérigènes. Il est prouvé qu’ils déclenchent des allergies surtout chez des personnes présentant une sensibilité extrême à l’aspirine (acide acétylsalicylique). L’office fédéral allemand pour l’évaluation des risques avait conseillé en 2008 de ne plus employer le colorant CI 18050 (rouge).
**- L’EDTA (Ethylène-Diamino-Tetra-Acetate) est très apprécié pour ses qualités d’agent chélateur, c’est à dire qu’il se combine avec un métal lourd et forme avec ce métal un complexe chimique qui est soluble dans l'eau. Or, l’EDTA et son ersatz (Editronic acid) se fixent dans l’organisme et sont difficilement biodégradables. Lorsque l’organisme évacue enfin, l’EDTA par les urines il n’est pas dégradé dans les stations d’épuration et atterrit avec les métaux lourds qu’il a fixé dans les rivières et les lacs, d’où son caractère polluant pour l’environnement (il peut qui plus est, accélérer ou inhiber la production d’algues dans les eaux). Au final, il se retrouve dans notre eau potable. C’est un scandale que l’EDTA soit encore utilisé alors qu’il pourrait être très facilement remplacer par de l’acide phytique obtenu à partir du son de riz, plus naturel !





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